Angoisse

Photographies de Laurent Bourdelas et textes d'écrivains et poètes invités

29 décembre 2007

Les Photographies d'Angoisse

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30 décembre 2007

Sur les traces d'Edouard Levé, et plus encore...

"Cherchant son chemin sur un atlas routier, une amie remarque un village nommé Angoisse. L'atlas refermé, elle ne parvient pas à le retrouver. Un mois plus tard, je me rends dans un bureau de poste. Je retrouve Angoisse. Je m'y rends. J'y passe trois jours. Je photographie les lieux : l'entrée d'Angoisse, l'école d'Angoisse, les maisons d'Angoisse. Le terrain de sports d'Angoisse, la base de loisirs d'Angoisse, la discothèque d'Angoisse... Rien d'extraordinaire si ce n'est le nom. Ce village français est moyen : un archétype sans qualités comme en traversent souvent les routes départementales. Pourtant, à regarder de plus près ces rues vides, ces maisons aux façades muettes, ces abords neutres, il suffit de prononcer "Angoisse" pour que les choses se parent d'une inquiétante étrangeté. Le village entier obéirait-il à son nom comme une injonction ?" 

         Voilà ce qu'écrivait le photographe et écrivain Edouard Levé mort il y a peu. "Angoisse" s'inscrit dans la prolongation de son travail photographique autour du nom. Il s'agit, à l'échelle d'un village cette fois, de confronter ce que nous voyons à ce que signale son nom.

         Le travail photographique de Laurent Bourdelas consiste, depuis 2000, en la réalisation de parcours accompagnés de textes de lui et d'autres écrivains (Pierre Bergounioux, Jean-Pierre Siméon, Alain Lacouchie, Georges-Emmanuel Clancier, Marie-Noëlle Agniau, Gérard Frugier, etc.). Son dernier parcours, "Le Chant d'Oradour", a été exposé en janvier 2007 au Palais du Luxembourg, à l'invitation du président Poncelet. Le dimanche 25 novembre 2007, Laurent Bourdelas a effectué un parcours à Angoisse, bourg proche de chez lui, en souvenir d'Edouard Levé, dont il a découvert l'oeuvre grâce à une amie, et a  proposé à des écrivains d'accompagner ses photographies. Bien entendu, il ne s'agit en aucun cas d'interpréter le travail de Levé, mais de créer une oeuvre originale - Angoisse n'étant que le lieu commun aux deux artistes. Peut-être ce travail commun de photographie et d’écriture sera-t-il publié un jour ?

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Un brouillon de Laurent Bourdelas au moment de l'écriture de "Kerananaon" (1985)

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Un texte de Didier Ayres

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Un texte de Michel Lulek

Une lumière

sombre et frémissante

"L'angoisse : une forme inquiète de l'attente

ou sa vraie nature (son essence, peut-être,

ou sa lumière sombre et frémissante)."

Richard Millet

Place des Pensées, page 58.

Mon père n'a jamais vraiment paru se soucier de notre éducation. Pour autant que je m'en souvienne il agissait comme s'il avait délégué à notre mère les soins et les soucis que génèrent cinq enfants nés sur dix ans. Lui, vivait comme un météore, vaquait à mille occupations dont nous ne comprenions pas vraiment les contenus, était souvent en déplacement, n'avait jamais d'heures régulières pour rentrer ou partir de la maison, courait par monts et par vaux, disparaissait, puis reparaissait à l'heure la plus inattendue qui soit. Nous ne pouvions jamais savoir si un repas commencé sans lui se terminerait ou non en sa présence ; si, le soir, nous aurions le privilège de sentir sa peau piquante sur nos joues au moment du coucher ; si le week-end se passerait avec ou sans lui. Parfois, c'était une surprise, nous le découvrions dehors devant l'école : il était venu nous chercher alors que maman nous avait dit de rentrer seuls à pied par le chemin de la scierie. Un soir, il débarquait à la maison chargé de trois grands tableaux qu'il venait d'acheter et qu'il décidait d'accrocher illico au mur du salon sans même prendre le temps de dîner avec nous. Puis, pendant une semaine nous ne le voyions plus, il était parti à l'étranger pour son travail – et nous savions alors (une de nos rares certitudes pour les choses qui le concernaient) qu'il nous en ramènerait des bibelots invraisemblables, quelques pièces exotiques, des outils jamais vus ou des aliments inconnus qui nous mettaient d'avance dans un état de surexcitation : "Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir nous ramener cette fois-ci ?", et nous n'étions jamais déçus, toujours étonnés, ébahis, émerveillés. Maman aussi, qui en souriait d'avance.

C'était là, en fait, un de ses préceptes éducatifs qu'il appliquait avec rigueur et constance. Il pensait qu'un père ne peut guère transmettre à ses enfants que deux ou trois principes destinés à éclairer toute leur existence et les cadeaux inimaginables qu'il rapportait de ses lointains voyages faisaient partie de la panoplie pédagogique qu'il avait adoptée une fois pour toutes. Les calligraphies indiennes ou arabes peintes sur un frêle tissu de soie ou au dos d'un parchemin puant en peau de chèvre, la poupée animée de hockeyeur sur glace ou la marionnette vietnamienne en papier découpé en ombres chinoises, la boîte de sirop de bouleau, la bouteille de lait de chamelle, le saucisson d'âne ou le pâté de chien, les oeufs de caille, le tarama de saumon ou les couvains d'insectes, les fromages sculptés ou les bonbons aux épices, le bijou en ambre ou les coquillages nacrés pêchés dans les lagons du Grand Sud, le livre de français dans lequel les petits Polonais apprenaient notre langue ou les baguettes chinoises incrustées d'idéogrammes mystérieux – et combien d'autres merveilles – étaient tous rapatriés à la maison pour illustrer la richesse et la diversité du monde. Papa nous submergeait de trouvailles et d'antiquités, de trésors et de colifichets, de babioles et de purs objets d'art, avec pour seule préoccupation de nous faire connaître l'intarissable palette du génie humain pour se nourrir, se vêtir ou se divertir, incroyable variété d'objets et de mets qui fait la beauté fascinante du monde et admirable la créativité de ses peuples. Et s'il n'aimait pas une boisson ou un accoutrement ce n'était jamais pour leur origine, mais seulement parce qu'à cause d'un impérialisme quelconque ils s'étaient soudainement prétendus universels. Il n'aimait rien moins que ces produits uniformément présents sur les vingt quatre fuseaux horaires, mais toujours à cause de cette ubiquité, ne cessant jamais de les admirer pour ce qu'ils furent un temps (astucieuse trouvaille pharmacologique ou toile rustique et pionnière.) Nous bâtissions ainsi, voyage après voyage, cadeau après cadeau, notre vision d'un monde d'abondance et d'intelligence, plein de ressources et d'inventions, un monde fabuleux et prodigieux, une caverne d'Ali Baba à ciel ouvert, un Eldorado décliné selon mille variations qui faisaient pétiller nos yeux et nous rendre admirable et aimable la planète sur laquelle, à un rythme bisannuel, nous avions débarqués, mes soeurs, mes frères et moi.

L'autre rite éducatif que papa avait institué était moins ludique. Il consistait à effectuer, dans la même journée, le jour de nos sept ans, deux visites en deux lieux espacés de quelques cent-vingt kilomètres. Ce pèlerinage que j'ai effectué cinq fois, puisque je suis l'aîné de la fratrie, devait nous apprendre le meilleur et le pire, le plus beau et le plus laid du génie humain. Je ne sais si mes frères et soeurs ont, comme moi, perçu sous toutes ses latitudes cette leçon de philosophie, car chacun ne l'aura reçue que quatre, trois, deux ou même une seule fois pour le dernier, alors que pour moi, sa répétition régulière jusqu'à l'âge de quinze ans a permis qu'à chacune de ses réitérations, j'en comprenne mieux, autrement, différemment, plus subtilement, plus richement, les inquiétantes ramifications. Je me demande même si, en choisissant l'échéance de nos sept ans, papa n'était pas un peu présomptueux et ne surestimait pas notre capacité à digérer sa leçon. Un jour que je lui avais demandé, la veille de l'exercice – ce devait être au troisième voyage, celui de ma soeur Miléna – pourquoi il avait choisi cet âge, il m'a répondu : "Attends le dessert, tu comprendras." Ce jour-là nous avions pour clore le repas des tartes aux fraises. Chacun se retrouva avec sa part et pendant que papa, maman et moi les dégustions, je vis Miléna séparer les fraises de la pâte, manger d'abord celle-ci pour savourer ensuite, un à un, les beaux fruits rouges. "Je garde le meilleur pour la fin" expliqua-t-elle, alors que mes deux petits frères, Nico et Léo, cinq et trois ans, s'étaient jetés sur les fraises qu'ils avaient goulûment avalées et peinaient maintenant sur la croûte sablée qui leur restait. Papa me fit un clin d'oeil et murmura : "L'âge de raison ! Avant sept ans c'est le principe du plaisir instinctif qui régit nos actes. Après, on réfléchit, on anticipe, on est capable de différer son plaisir, on a appris à raisonner. On peut comprendre et réagir."

Nous quittions la maison assez tôt pour avoir le temps de faire la première visite le matin et la seconde l'après-midi, après une halte pour le déjeuner. Maman avait préparé un panier avec le pique-nique (sauf pour les sept ans de Nico qui était né en décembre et nous gratifia ainsi d'un repas au restaurant.) Papa nous avait préparés à l'excursion depuis plusieurs mois en expliquant que nous commencerions par découvrir l'une des plus belles et des plus vieilles créations de l'homme, un chef-d'oeuvre vieux de quinze mille années mais qui demeurait néanmoins aussi moderne, neuf et jeune que s'il avait été réalisé la veille, il n'omettait jamais de citer la formule convenue de "Sixtine de la Préhistoire" qui nous restait totalement opaque – aucun de nous à sept ans n'ayant jamais entendu parler de la fameuse chapelle. Nous arrivions à Montignac vers neuf heures et demi, traversions aussitôt la Vézère et filions tout droit jusqu'au lieu dit Lascaux où nous garions la voiture sous les chênes avant de nous enfoncer au creux de deux plis du terrain où patientait déjà une petite file de visiteurs venus comme nous voir la grotte. Tout concourait au plaisir intense de la découverte : les évocations mystérieuses de papa au cours des dernières semaines, le départ matinal, le dépaysement du trajet en voiture, le charme du petit bois, la descente dans l'antre de la terre, les circonstances fortuites de la découverte de la grotte par quatre gamins à la poursuite de leur chien un jour lointain de septembre 1940, les reproductions des peintures dans nos livres d'histoire et jusqu'aux explications préalables du guide qui expliquait pourquoi nous ne verrions ici qu'une copie de la grotte ("Mais très précisément et fidèlement reproduite" insistait-il) – et j'imaginais les petits champignons destructeurs amenés par de trop nombreux visiteurs comme une malédiction secrète, une vengeance des dieux, la réaction hostile des forces chtoniennes face à la profanation du site, les mêmes, j'en étais sûr, qui à des milliers de kilomètres d'ici avaient frappé les archéologues qui ont violé la sépulture de Toutankhamon. Je n'avais pas lu les éclairantes analyses de Georges Bataille que papa bien sûr avait pieusement relues avant notre visite et qu'il nous transmettait à sa manière, tentant de les dire avec des mots qui nous soient compréhensibles mais que cependant nous ne comprenions pas toujours : "le miracle de Lascaux", "l'émergence de la nuit animale", " l'Homo sapiens", "l'Homo ludens", et, lisant à mon tour les pages de l'écrivain bien des années après ces visites aujourd'hui si lointaines, je crois par moments entendre la voix échauffée et passionnée de papa qui essaie de nous communiquer son enthousiasme et sa fascination : "J'insiste sur la surprise que nous éprouvons à Lascaux. Cette extraordinaire caverne ne peut cesser de renverser qui la découvre : elle ne cessera jamais de répondre à cette attente de miracle, qui est, dans l'art ou dans la passion, l'aspiration la plus profonde de la vie. Souvent nous jugeons enfantin ce besoin d'être émerveillé, mais nous revenons à la charge. Ce qui nous paraît digne d'être aimé est toujours ce qui nous renverse, c'est l'inespéré, c'est l'inespérable. Comme si, paradoxalement, notre essence tenait à la nostalgie d'atteindre ce que nous avions tenu pour impossible." Je perçois alors mieux, si tard, si loin, maintenant qu'à son tour il a rejoint sous terre les forces obscures desquelles, peut-être, les peintres de Lascaux tentèrent de se préserver, je perçois mieux désormais ce que papa voulait nous dire, ce qu'il voulait nous faire découvrir, ce qu'il espérait que nous comprendrions et qu'il estimait des plus importants pour vivre une vie. On ne découvre que bien plus tard, si on les découvre jamais, les messages glissés par nos parents dans les gestes qu'ils nous prodiguèrent, les secrets indicibles que dans leurs lettres il faut traquer entre les lignes, les recommandations muettes qu'ils nous adressèrent d'un sourire, d'un regard, d'une visite. Si les abyssales suggestions que notre descente dans la grotte devait susciter restaient mystérieuses (mais cesseront-elles de l'être un jour ?), nous n'en avions pas moins contracté là quelque chose d'étrange et de fascinant qui, peu ou prou, allait nous accompagner longtemps. Nous ressortions de terre heureux comme des explorateurs, troublés par ce que nous avions vu, légèrement ivres de la grandeur du spectacle que l'obscurité de la grotte rehaussait, assommés par les explications du guide, un peu gênés par l'exaltation paternelle et inquiets de ce que nous réservait le reste de la journée.

Papa ne nous disait rien de la seconde étape de notre périple. Nous remontions en voiture, faisions une cinquantaine de kilomètres, il était déjà midi et nous nous arrêtions pour pique-niquer – sauf la fois des sept ans de Nico, je l'ai déjà dit. Papa en profitait pour faire une sorte de petite révision en nous posant quelques questions. Je voyais bien qu'il était un peu déçu de voir les petits plus fascinés par l'aventure héroïque des quatre garçons qui découvrirent la caverne éblouissante que par les splendeurs de cette dernière. Au moment de reprendre la route il expliquait que nous allions cet après-midi faire un grand saut dans le temps, traverser les siècles depuis la lointaine époque de Lascaux pour revenir dans le nôtre, de siècle, au moment où la guerre entre les Français et les Allemands allait bientôt se terminer, quelques années ("quatre ans" disait-il, "à peine quatre ans") après que les jeunes Marcel, Jacques, Simon et Georges aient retrouvé leur chien sous les fresques de la Sixtine. Nous roulions une heure environ. A Limoges dont la traversée ralentissait toujours un peu notre moyenne nous prenions la route d'Angoulême et nous arrivions en début d'après-midi à Oradour-sur-Glane. La localité était indiquée depuis Limoges et ce sont les panneaux abscons qui annonçaient "village martyr" qui lançaient la discussion. "C'est quoi un village martyr ?" devait demander Nico qui depuis qu'il savait lire ne laissait pas passer trois mots sans les déchiffrer aussitôt. Et papa expliquait, racontait l'histoire, une date (10 juin 1944), le nom bizarre d'une opération de calcul (la division Das Reich), un chiffre (643) et une église en feu dans laquelle périrent autant d'hommes, de femmes et d'enfants que le chiffre poussé par la division dans le dernier cercle de l'enfer – nouvelle allusion à un monument italien tout aussi inconnu de nous que celui du matin. La visite des ruines noircies et de l'exposition qui les accompagne durait plus longtemps que celle de Lascaux. Celui d'entre nous cinq pour laquelle elle avait été organisée était encore celui qui s'en sortait le mieux. Age de raison peut-être, mais restes d'inconscience et de naïveté que les deux ans, plus deux ans, plus deux ans qu'avaient accumulés ses aînés avaient dissous au bénéfice d'une clairvoyance qui les obligeait, eux, à comprendre jusque dans l'horreur du moindre détail la sinistre scène qui s'était jouée là.

Nous revenions silencieux à la maison où nous arrivions tard, juste le temps de grignoter un bout – mais nous n'avions pas faim – avant d'aller nous coucher et de nous endormir avec plus ou moins de difficultés en fonction de l'âge que nous avions cette année-là. On savait que dans deux ans on recommencerait l'expédition. Après Miléna, il y aurait Nico. Après Nico, Léo. Après, ce serait à nous de décider. Le rituel était immuable : Lascaux et les lumineuses promesses de l'aube de l'humanité le matin, Oradour et les noirs verdicts de l'histoire l'après-midi, la halte déjeuner entre les deux, toujours au même endroit, à peu près à mi-distance sur la route qui reliait les deux stations de notre pèlerinage.

Je relis la fin de la phrase de Bataille à propos de Lascaux : "Comme si notre essence tenait à la nostalgie d'atteindre à ce que nous avions tenu pour impossible", et il me suffit de changer un mot, un seul, remplacer nostalgie par peur, crainte, angoisse, pour définir l'exact sentiment que j'éprouve, désormais adulte, lorsque je dois affronter l'ombre mortelle de ce qui s'est passé à Oradour le 10 juin 1944, ou ailleurs en d'autres moments, et qui tourmente mes nuits dans la peur, la crainte, l'angoisse de les voir un jour se rejouer à ma porte, sans savoir ni prévoir de quel côté je serai, et quel qu'il soit du reste, me laissant dans l'incertitude éprouvante de ne pas savoir ce dont je serai alors capable ou incapable.

Je ne sais pas si papa avait prévu cela, s'il l'avait calculé, si son projet était pensé jusque dans ce détail toponymique. Maintenant que je l'ai découvert, cela me paraît évident, et pourtant il ne l'a jamais relevé, ne nous l'a jamais fait remarqué, attiré là-dessus notre attention. Dans l'impossibilité de pouvoir lui demander, je me crois obligé de lui rendre l'hommage d'avoir été assez prudent pour ne pas nous alarmer, assez sage pour nous laisser le découvrir nous-mêmes. C'est bien l'angoisse, la mortelle interrogation, incertaine et inquiète, le doute, une sorte d'intuitif désespoir, une attente impossible à clore définitivement, qu'ont éveillés en moi les visites concomitantes des merveilles souterraines et des vestiges calcinés à presque équidistance desquels notre halte déjeuner recelait le message qui assombrit désormais mon front. Je l'ai vérifié sur l'atlas routier. Département de la Dordogne, départementale 704, entre Lanouaille et Saint-Yrieix, c'est bien là, dans ce village-là – Angoisse - que par cinq fois nous avons déjeuné, entre lumière de Lascaux et nuit d'Oradour.

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Un texte d'Alain Lacouchie

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Un texte de Marie-Clotilde Roose

Faille minuscule 

                   

tourment de sable 

glissé entre les dents 

les os crient 

le cerveau coagule 

                  tempête muette 

ne plus savoir

dire.

Tourment, Ed. Le Taillis Pré, 2005.

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Un texte de Marie-Noëlle Agniau

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Un texte de Gabriel Mwènè Okoundji

ANGOISSE

Ce n’était donc pas une rumeur ce murmure qui courait partout

jusqu’à pervertir la mémoire des hommes et des femmes,

autour d’un village limousin sagement nommé : Angoisse

La curiosité cesse d’être un défaut dans l’œil de qui veut voir

la route sur la carte semblait muette, illisible, malvenue au tracé

j’allais cependant, volontairement mais … à petits pas, l’esprit en éveil

Ô pays inconnu, d’où vient qu’on parle tant de toi ? A moi, ton visage !

arrivé au seuil du bien nommé village, rien qui ne fut inconnu à mes yeux

hormis cette porte close qui m’informa que le nom ne tient pas la chose

quête pour quête, énigme pour énigme ! Cela m’incita, quand soudain

dans la pénombre surgit comme un bruit lointain : bou-rr-delas-delà-delà… !

Une pluie s’annonça, mais elle ne tomba pas. Ni pluie, ni vent, ni foudre

en face de moi, j’aperçus un arbre gigantesque où n’habite qu’un seul oiseau

c’était donc ça, le village dont m’avait parlé un soir mon vieil ami Laurent

La curiosité est un défaut, mais j’ai aimé la part de l’appel au poème de cette aventure.

Bègles, le 30 novembre 2007

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Un texte de Pascal Fauvel

LA RUE

Porte entre ciel et terre

Aveu des pas du dehors

Canal de pierre pour les fluides fuyants

Je fus prisonnier

entre les routes de fenêtres et de carreaux

La place manquait

à moi à d'autres

L'horizon avait deux bouts à montrer

un devant

un derrière

et le bruit se tenait comme dans un tiroir

Pas d'eau

pas d'arbre

Des boites d'épais gris

à chasser les nuages

Il ne manqua que le couvercle.

(16/11/98) 

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Une remarque de Jean-Pierre Thuillat

"Comme toujours, l'ignorance de l'étymologie permet tous les fantasmes (cf. aussi Merd, Glandon, etc...). Dans le cas d'Angoisse, il s'agit simplement de l'étroitesse de la vallée de la Loue en contrebas du bourg (du latin angustia = passage étroit, qui a donné engoischa en occitan limousin au Moyen Age. On trouve, cas semblable, Angos dans les Pyrénées-Atlantiques (réf. : Dictionnaire des noms de lieux du Périgord, Fanlac, 1994)."

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Un texte de laurent Bourdelas

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Un texte de Josep M. Sala-Valldaura

“Angoixa”, és el senyal a la vora de la carretera. “Angoixa”, convertit en el títol de la fotografia i de l’arbre. “Angoixa”, que n’esdevé la metàfora.

De bell nou, cultura empeltada de natura.

“Angoisse”, sur le panneau au bord de la route. Angoisse, qui devient le titre de la photo et de l’arbre. Angoisse, qui en devient la métaphore.

Une fois de plus, la nature greffée sur la culture.

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02 janvier 2008

Un texte de Carole Zalberg

Un voeu

On verserait en ce lieu-cri les sols dérobés

les murs et leurs menaces d'étau froid

les nuits aux blancheurs creuses de vieil os

les lambeaux d'avenir arrachés par une vaine attente

on tournerait le dos

on serait très légèrement heureux

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